Les habitants du 14ème arrondissement se réunissait hier, pour manifester contre la suppression des feux tricolores dans le quartier Pernety. Je suis solidaire de cette démarche et tire la sonnette d’alarme face aux conséquences de cette décision sur l’autonomie de déplacement des plus fragiles d’entre nous.

 

Une autonomie chèrement acquise.

Il convient tout d’abord de rappeler que l’autonomie de déplacement, en particulier pour les déficients visuels, est une conquête récente.

Elle n’est pas totale, moins à cause de la longue histoire de Paris qui interdit de toucher au patrimoine qu’à cause de l’incivisme de nombre de parisiens et du manque de volonté politique.

C’est en 2002 que Pénélope KOMITES, adjointe au Maire chargée des personnes handicapées, pilota une démarche inédite et participative visant à co-élaborer un schéma d’accessibilité à la voirie.

Les débats furent houleux mais le soutien du Maire de Paris permit d’enclencher une dynamique transversale et de faire adhérer une administration parisienne qui mit tout son talent au service de ce que nous étions fort peu nombreux à appeler alors : « l’inclusion des personnes handicapées à la vie de la cité ».

On vit alors Paris se couvrir de feux sonorisés, les déficients visuels arborer leur télécommande permettant de les déclencher, les enfants et les distraits se réjouir de cet outil si pratique et sécurisant.

Malheureusement, après son déploiement, la maintenance de ce dispositif alla en se dégradant – mais bon an mal an, les déficients visuels prirent goût à la promenade dans la ville lumière.

 

Anne Hidalgo a placé sa mandature sous le signe de la participation citoyenne.

Les prochains mois lèveront progressivement le voile sur le côté incantatoire de ce slogan.

Ainsi, dans le 14ème, une étude préconisa la suppression des feux tricolores dans un quartier où sont installés nombre de centres de formation et de rééducation pour déficients visuels.

En violation de la charte de la participation parisienne, aucune association d’usagers du handicap n’a été consultée.

Aucun document accessible n’a été distribué.

Aucune explication de nature à associer ou rassurer les usagers n’a été donnée.

A l’instar du budget participatif dont on découvre les dessous, à savoir manipuler des citoyens pour financer des projets municipaux sous couvert de projets citoyens, la démocratie locale se meurt lentement, éloignant de plus en plus de citoyens du débat public et fragilisant notre démocratie.

 

Suis-je devenu un réac passéiste ?

Il ne s’agit pas de sacraliser les feux tricolores !

L’évolution très rapide des modes de circulation dans la ville peut amener à reconsidérer la manière de gérer les traversées.

Mais avant d’imposer une solution anxiogène, ne serait-il pas temps d’organiser un grand débat public sur ce thème ?

Dans quelques années, les voitures électriques silencieuses, les trottinettes électriques silencieuses circuleront sur des rues sans feux sonores.

Les déficients visuels, quant à eux retourneront à l’exclusion dont l’alternance de 2001 les avait tirés.

Est-ce le signe qu’une page doit se tourner en 2020 ? Les électeurs déficients visuels, s’ils peuvent sortir de chez eux pour voter, auront leur mot à dire !


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