Bilan CNDA

La leçon du psycho-drame des listes en PACA que personne ne tirera !

 

À la lecture du bilan 2025 de La Cimade sur la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), une conviction s’impose : nous ne sommes pas seulement face à une évolution des procédures, mais à une transformation silencieuse de notre rapport au droit d’asile.

Oui, les délais se raccourcissent. Oui, les outils numériques se généralisent. Oui, l’institution gagne en fluidité. Mais à quel prix ? Car dans ce mouvement d’accélération, quelque chose d’essentiel se fragilise : la capacité des personnes à faire entendre leur voix.

Le droit d’asile n’est pas un contentieux comme les autres. Il repose sur la parole. Une parole souvent entravée, parfois brisée, toujours difficile à formuler. Réduire le temps du récit, éloigner le juge par des dispositifs à distance, complexifier les démarches, c’est prendre le risque de transformer une procédure de protection en une mécanique de tri.

En tant que président d’ISM Interprétariat, je souhaite porter un plaidoyer clair : un droit qui ne se comprend pas est un droit qui disparaît.

L’accessibilité linguistique ne peut plus être considérée comme un simple outil d’accompagnement. Elle est une condition de possibilité du droit lui-même. Sans interprétariat de qualité, sans médiation linguistique, sans temps suffisant pour dire et être entendu, il n’y a pas d’égalité devant la loi, seulement une illusion d’universalité.

Ce que révèle le bilan de la La Cimade, c’est précisément ce décalage croissant entre un droit formel, toujours plus structuré, et un droit réel, de plus en plus difficile d’accès pour celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Face à cela, je refuse une vision purement gestionnaire de l’asile. La recherche d’efficacité ne peut se faire au détriment des garanties fondamentales. Accélérer ne doit jamais signifier simplifier au point d’effacer les singularités, ni juger sans pleinement comprendre.

Le combat que je porte avec ISM est simple, mais fondamental : garantir à chacun les moyens efficaces d’exercer ses droits. Cela suppose d’investir dans l’interprétariat, de reconnaître son rôle central dans la chaîne de la justice, et de rappeler que comprendre et être compris n’est pas un luxe, c’est un droit.

Car une démocratie ne se juge pas seulement à la solidité de ses institutions, mais à l’attention qu’elle porte à celles et ceux qui peinent à se faire entendre. Et en matière d’asile, plus que jamais, rendre le droit audible, c’est le rendre juste.

NEWSLETTER