La leçon du psycho-drame des listes en PACA que personne ne tirera !
Je m’exprime ici en tant que président d’ISM Interprétariat, mais aussi comme témoin quotidien de réalités que les discours simplifient à l’excès. L’idée selon laquelle des personnes viendraient en France pour se faire soigner relève moins d’un constat que d’un récit. Un récit commode, mais éloigné de ce que nous voyons, de ce que nous accompagnons, de ce que vivent celles et ceux que nous rencontrons.
Car la vérité est plus rude.
Accéder aux soins, pour une personne étrangère en situation précaire, n’a rien d’évident. Ce n’est ni immédiat, ni fluide, ni garanti. C’est un chemin fait d’attentes, d’incompréhensions, de dossiers à constituer, parfois à recommencer. C’est devoir prouver, expliquer, justifier souvent dans une langue que l’on ne maîtrise pas, face à des règles que l’on découvre. Et pendant ce temps, la maladie, elle, n’attend pas.
On parle de dispositifs, de cadres juridiques, de procédures. Mais sur le terrain, ce que nous rencontrons, ce sont des personnes épuisées par leur parcours, fragilisées par l’exil, déjà atteintes dans leur santé physique ou psychique. Ce sont des hommes, des femmes, des familles pour qui la France n’est pas un choix de confort, mais parfois le dernier recours.
Alors non, on ne « vient » pas en France pour se faire soigner comme on ferait un choix rationnel parmi d’autres. On y arrive souvent déjà vulnérable. Et trop souvent, on y découvre que l’accès aux soins est lui-même un combat.
Il faut avoir le courage de le dire : entre le droit et son exercice, il existe un écart. Un écart creusé par la complexité administrative, par la barrière de la langue, par l’isolement. Un écart qui transforme un droit fondamental en parcours incertain. Or un droit qui ne se comprend pas, qui ne se pratique pas, qui ne se saisit pas, finit par perdre sa réalité.
Réduire ces situations à une logique d’« appel d’air », c’est détourner le regard. C’est ignorer les obstacles concrets, les délais, les renoncements, les parcours de santé interrompus. C’est, au fond, refuser de voir que la vulnérabilité ne s’importe pas : elle se construit, elle s’aggrave, elle s’installe quand les conditions d’accès aux droits ne sont pas réunies.
À ISM, notre engagement est simple, mais exigeant : faire en sorte que le droit ne reste pas une promesse abstraite. Rendre les démarches compréhensibles. Permettre à chacun d’être informé, accompagné, écouté. Redonner au droit sa fonction première : protéger réellement.
Parce qu’au bout du compte, il ne s’agit pas seulement de santé, ni même de politique migratoire. Il s’agit de savoir quel sens nous donnons à nos principes. Si nous acceptons que certains droits soient théoriques pour les plus fragiles, alors nous fragilisons l’ensemble.
Garantir l’accès aux soins, ce n’est pas céder. C’est tenir. Tenir une exigence de dignité, d’égalité et d’humanité.