La presse du 16 mars se fait l’écho d’une bonne nouvelle sur le front du commerce extérieur : La France rafle la médaille de bronze des pays exportateurs d’armes de ces cinq dernières années…

Le pays France a représenté 8,2 % de part de marché, et ses exportations ont bondi de 44 % en 2016-2020.

Choisissant l’approche cynique, compte tenu du déficit chroniquement abyssal de notre commerce extérieur, les armes non vendues par la France étant vendues par d’autres puissances, du fait ce secteur emploie des centaines de milliers de français, et que la recherche en armements a parfois des applications dans le civil… Alors tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Et pourtant ! Il fut un temps, pas si lointain, où un Président de la République fraîchement arrivé aux affaires demandait qu’on recouvre les armes des avions d’un tissu afin qu’il ne les voit pas durant sa première visite du salon du Bourget ! Il fut un temps, pas si lointain, où nous manifestions contre le surarmement, arguant que les pays en voie de développement devait acheter des stylos et des ordinateurs plutôt que des fusils !

Tous les actes ont des conséquences, surtout la vente d’arme

A court terme, vendre des armes fait entrer de l’argent dans nos caisses !

A moyen et long terme, ces armes sont utilisées par des régimes qui assassinent leur population, détruisent des villes, contraignent des millions de personnes à l’exil…

Chaque balle française tirée, chaque missile ou bombe lancé, détruit des familles et sème les graines d’une vengeance future.

L’armement de l’Irak lui a permis d’affronter l’Iran durant huit ans, inaugurant quarante ans de guerre presque continue dans cette région et nous créant des ennemis mortels dans tous les camps !

La vente d’armes aux pays d’Afrique a permis d’armer les régimes et de les maintenir au pouvoir, mais aussi d’armer les intégristes qui s’en sont souvent emparer !

La vente d’avions de chasse à la Grèce ne consolera pas les malades des fermetures d’hôpitaux consécutifs à la gestion de sa dette publique.

Restons froidement cynique : On estime la valeur d’une vie humaine en Occident à 3 millions d’euros !

Ni naïfs ni cyniques

Il est incontestable que les profits générés par ce secteur dépassent de beaucoup le coût des vies humaines fauchées par les attentats et les opérations extérieures ! Mais à cette aune, le temps joue contre nous et nous trouverons toujours plus cyniques que nous.

De nouveaux acteurs entrent sur ce marché, promettant des transferts de technologies, des pays anciennement importateurs sont désormais à même de fabriquer leur armement voire de l’exporter.

Nous n’allons pas cesser de vendre des armes du jour au lendemain ! Cependant, nous pouvons reprendre le magistère du verbe et tâcher d’amener les grandes puissances dont nous sommes à reprendre le désarmement. Nous pouvons, à tout le moins, respecter notre signature et ne pas vendre d’armes à des pays ou factions sous embargo !

En cette matière, il convient de n’être ni tout à fait naïf ni tout à fait cynique !

Si nous voulons limiter l’immigration, lutter contre le réchauffement climatique, faire reculer l’intégrisme, il faudra vendre à ces pays autre chose que des armes !

Aussi contrintuitif cela soit-il, il faut dès maintenant trouver un futur à notre industrie de l’armement. C’est l’un des défis majeurs des prochaines années.

Amicalement vôtre,

Hamou

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