Depuis toujours, la France a honoré les citoyens d’ailleurs qui l’ont servie et aimée.

Chacun connaît une rue Benjamin Franklin, une place Garibaldi…

En ces temps d’accélération et de démocratisation d’accès à l’information, cette inscription dans le roman national des derniers arrivants doit, elle aussi, s’accélérer.

Je soutiens la démarche du gouvernement sur le fond et sur la forme : Faire travailler des chercheurs et des personnalités qualifiées pour aider à la mise en exergue de plusieurs centaines de personnalités à même de constituer des figures identificatoires pour tous les français est œuvre utile.

Bertrand Delanoë, qui voyait loin en cette matière aussi, a d’ailleurs montré le chemin. Il n’a pas hésité à donner une place à l’Emir Abdelkader, combattant valeureux contre la colonisation de l’Algérie.

Naturellement, choisir trois cent personnes engendre des frustrations. Par exemple, les exilés intérieurs que sont nombre de personnes handicapées ne trouveront aucun nom pour les rattacher positivement au pays qu’ils servent !

Avant de quitter le Conseil de Paris, j’avais pris soin de faire adopter deux vœux, proposant d’attribuer une reconnaissance à deux éminentes personnalités :

  • Taha Hussein

le plus grand écrivain de langue arabe du vingtième siècle, intellectuel brillantissime qui créa une université et lutta sans relâche pour l’instruction publique dans le monde. Ministre de l’éducation, polémiste redoutable, il combattit le fondamentalisme et œuvra pour le rayonnement de la francophonie en Egypte et dans de nombreux pays. En 1914, cet aveugle depuis sa prime enfance s’embarqua pour la France où il soutint une thèse de doctorat. Il y rencontra Susanne sa femme française  avec laquelle il vécut plus d’un demi-siècle.

  • Jacques Lusseyran

Aveugle dès l’enfance, il ne put présenter le concours de l’Ecole normale supérieure à cause d’une circulaire vichyste interdisant l’accès des personnes handicapées à la fonction publique. Entrant en résistance, il pris une part déterminante au réseau défense de la France, jusqu’à son arrestation et sa déportation au  camp de concentration de Buchenwald. I survit et en tire des leçons de vie qu’il décline dans trois livres fameux : « Et la lumière fut », « Le monde commence aujourd’hui » et « La lumière dans les ténèbres ». A son retour, il dû  s’exiler en Amérique, afin de réaliser son rêve d’enseigner. En effet, ni la quatrième, ni la cinquième république n’ont totalement abrogé ces circulaires vichystes. Jérome Garcin lui a consacré un formidable roman : « Le voyant« .

Les oubliés du conseil de Paris

Comme la plupart des vœux votés au Conseil de Paris, ils m’ont assuré un succès de tribune et ont été oublié, bien que votés à l’unanimité.

J’ajoute ces deux noms comme contribution personnelle à ce travail de tissage de l’universalisme français.

Amicalement vôtre,

Hamou

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