Le 14 février dernier se passait un évènement qui, je le crois, fera date dans notre démocratie et dans la relation du politique au citoyen.
La veille au soir, alors que Benjamin Griveaux battait campagne à Paris depuis juillet, portant un programme mûri deux ans durant, se révélait sur internet des séquences de son intimité. L’effervescence suscitée aura eu raison du candidat en une nuit. Doit-on y voir une faute professionnelle, comme le prétend Olivier Faure ? Peut-être au moins un signe de son inconséquence ? À l’époque où l’on multiplie les campagnes de sensibilisation à la diffusion de son image sur internet, comment un homme à de tel responsabilité peut-il passer à côté ? Je laisse à Benjamin Griveaux, en son temps,  le soin de répondre à ces questions.

Au-delà d’un engagement brisé et d’une famille gravement atteinte dans son droit inaliénable à une vie privée, c’est tout une approche du citoyen au politique qui est mise à mal.

Les délateurs se gargarisent de mettre en exergue les mensonges, ou les incohérences, du candidat à la mairie de Paris. Les commentateurs, eux, s’alarment de voir arriver le puritanisme à l’américaine. Il n’en est rien. À la quasi-unanimité, la classe politique et l’opinion public ont désapprouvé et condamné le procédé, la méthode et l’objet de la dénonciation. Tous se sont indignés des conséquences sur la vie politique, dont celle de voir un des principaux candidats à l’élection municipale dans la capitale être éliminé de la course. Tous ont convenu qu’on ne peut juger des compétences politiques d’un homme sur la base de ces éléments de vie privée.

Mais alors sur quoi se fonder ? Quand une personne publique promeut sa vie privée, son intimité, et la met en scène publiquement dans l’espoir de gagner les suffrages, où se pose le curseur entre vie privée et vie publique ? Comment définir le niveau d’intrusion acceptable ?

Il semblerait que la vie politique ait pris ces dernières années une dimension « people » qui oblige celui qui s’engage à présenter son intimité et sa vie quotidienne. Je comprends la recherche de la probité chez nos représentants, et plus on en sait plus on estime qu’elle est garantie. Alors on s’intéresse à leur caractère, à leur vie familiale, leurs fréquentations et celles de leur entourage. En réponse la personne observée organise cette observation : elle tente de maitriser ce qui peut être montrer. Or internet échappe à ce contrôle.

Cette nouvelle donne technologique oblige notre société à changer ses pratiques et à s’adapter, avant tout par l’éducation. L’éducation au respect, à la bienveillance et à l’empathie envers notre prochain. Mais l’éducation est une solution de long terme. Pour aujourd’hui, le politique doit prendre toute la mesure de l’outil qu’est internet et les usages qui peuvent en être faits, et le citoyen doit se méfier du voyeur qui se cache en chacun de nous.

Cette séquence rend encore plus urgente l’intensification de la diversification de notre classe politique.

Quand elle sera complètement à l’image de la pluralité des citoyens, chacun, reconnaissant dans le politique un autre lui-même, ne voudra pas lui faire subir ce qu’il n’aimerait pas subir !

Chacun doit chérir la vie privé et la part d’ombre de l’autre comme il doit chérir la sienne !

C’est l’un des défis du siècle qui vient.

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