Emmanuel Macron dit « le persévérant ». Un nouveau jour, un nouveau discours sur la défense européenne. Cette fois le président proposait une vision de l’arme nucléaire.

Déjà François Mitterrand, bien qu’ayant surévalué la place que prendrait le débat sur cet enjeu, nous prévenait que l’arme nucléaire serait la question européenne du début du XXIème siècle. On peut dès lors se demander si dans la mesure où la France est désormais seule détentrice de l’arme nucléaire sur le territoire de l’Union Européenne, et dans un soucis d’intégration Européenne, notamment d’une défense commune, il ne serait pas temps d’européaniser la dissuasion nucléaire  ?

Autrement dit, qui décide d’entrer les codes et à quelles conditions ? Si la Russie tente d’annexer les pays baltes, s’expose-t-elle à l’arme nucléaire française ?

La problématique d’une politique européenne de dissuasion nucléaire est aussi vieille que l’arme nucléaire française.

Dès ses balbutiements le nucléaire s’est révélé un outil d’indépendance. Forte des garanties de l’arme ultime de protection de son intégrité, la France a quitté l’OTAN, s’est ’émancipée diplomatiquement et s’est assurée d’une écoute attentive à la table des puissants du Conseil de Sécurité de l’ONU.
De par cette importance stratégique l’arme nucléaire attire les convoitise en Europe. Seulement en la matière la priorité est à la souveraineté française sur son engagement nucléaire. La France seule apprécie de la pertinence de son engagement. Et au sortir de deux guerres mondiales en Europe, confiance rime avec prudence.

Ce n’est qu’après le départ du général  De Gaulle que l’on devient plus favorable à cet élargissement européen. Présidents, généraux et hauts-dignitaires, même Allemands, ont plaidé pour un parapluie nucléaire européen. Le président Valérie Giscard d’Estaing insistait régulièrement sur  le sanctuaire élargit : une entité européenne dont les intérêts vitaux sont sanctuarisés par l’arme atomique. À l’époque des dirigeants influents envisageaient même un nucléaire franco-anglais. Cette idée n’aboutira pas, eu égard à son coût et à l’hostilité des deux grandes puissances d’alors.

La nature ayant horreur du vide, c’est à l’OTAN qui reviendra de protéger l’Europe et d’être l’alpha et l’omega de sa défense.

Alain Juppé tentera de ressusciter cette idée, puis Jacques Chirac.

La musique d’une union Européenne en matière de défense nucléaire est donc régulièrement rejouée depuis que l’on possède ce graal. Pourquoi cette idée n’a-t-elle pas abouti ?

La réponse se trouve sans doute dans la haute idée de la France que se faisait le général de Gaulle.

Dans un discours fameux, le général rappelait que la France devrait se sentir menacée dès que les territoires de la RFA ou du Bénélux seraient violés. C’est là que réside le dénouement. L’arme nucléaire protège les intérêts vitaux de la nation qui la possède. Depuis le début la France entretien le flou mais elle se base sur une définition extensive de ses intérêts vitaux, une définition élargit à l’Europe. Le président Sarkozy l’assurait : « L’arme nucléaire française, de par son existence, est un gage de sécurité européenne. […] Nous avons constaté qu’il n’y avait pas de situation dans laquelle les intérêts vitaux de l’un seraient menacés sans que les intérêts de l’autre le soient aussi ».

L’existence d’un parapluie nucléaire européen d’origine française est réel mais les velléités de souveraineté et d’indépendance française en la matière ont privé ce principe de dispositions légales.

Quand le président  Emmanuel Macron relance le débat à l’École de Guerre le 7 février, il affirme que la solidarité « inébranlable » de la France avec ses alliés fait que « les intérêts vitaux de la France ont désormais une dimension européenne ».
Qu’en est-il, en revanche, si les intérêts vitaux de la France sont contradictoires avec un engagement nucléaire Européen ? Le président n’a pas, pour l’heure, apporté de réponse à cette question. Le Brexit a fait de la France le seul Etat européen possédant l’arme nucléaire et par la même, expose la France à la critique de vouloir prendre un leadership européen par le truchement du nucléaire militaire.

Il ne serait pourtant pas inintéressant qu’une Europe unie sur la question voit le jour. Forte de garanties équivalentes, l’UE pourrait utiliser son pouvoir d’influence, négociant avec les autres pays nucléarisés le désarmement « global, progressif, crédible et vérifiable » voulu par Emmanuel Macron. L’Europe pourrait être le levier d’un monde soulagé de la menace de l’arme nucléaire.

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