A la Belle Epoque, elle faisait la fierté de la France. Ses noms faisaient rêver, avaient le parfum de l’aventure, de la liberté et de l’avenir : Amédée Bollée, l’Obéissante, puis la Jamais Contente, mue par la fée électricité, et le temps des légendes, des géniaux carrossiers art nouveau, des marques à jamais disparues avec l’ancien monde, telles que De Dion Bouton. La France affichait alors sereinement son avance, avec une technologie à la pointe du progrès et un parc automobile supérieur en qualité et quantité à ceux du reste du monde réuni.

Que les choses ont changé. Désormais, c’est à coup de subventions, enfoncés dans les affaires, que nos constructeurs automobiles font face à l’érosion de leurs ventes. Surtout, c’est le goût du rêve qui a été perdu. A l’heure où nos médias sont secoués de crises spasmodiques, il nous faut traverser l’océan pour en retrouver des étincelles. Dans par exemple le témoignage de Steve Mahan, parfait inconnu pour la presse française, pionnier de la nouvelle génération de l’automobile aux Etats-Unis, homme heureux et indépendant dans sa vie.

Avec sa voiture spécialement équipée, Steve Mahan peut rouler sur les routes de Californie, accomplir des tâches complexes telles qu’acheter à manger sans même descendre de voiture dans des restaurants équipés du « drive-in », récupérer son linge propre et rentrer chez lui. Voilà qui en France reste impensable pour un aveugle comme Steve. Paraît relever de la science-fiction délirante pour quasiment tous nos concitoyens.

Une fois de plus, en effet, nos journalistes ont manqué le coche de la nouvelle génération de l’automobile. Nos inventeurs ont été totalement absents des années de recherche et des centaines de milliers de kilomètres accomplis  par ces voitures dans les phases de tests. Nos hommes politiques n’ont vu dans Google, grand mécène du programme, qu’un adversaire géopolitique à contrer, un peu comme jadis certains dirigeants s’acharnaient à vouloir nous protéger de l’invention bourgeoise du réfrigérateur ou de l’ordinateur, outil au service de l’impérialisme. Nos chefs d’entreprise et managers, les meilleurs au monde par leur formation, semble-t-il, n’ont rien vu venir. Et il en sera probablement de même pour la révolution automobile suivante, celle de la voiture sans chauffeur, déjà sur les rails. Chez d’autres que nous.

Le fond de la question n’est pas soluble dans les discussions obsessionnelles sur l’identité nationale, le voile et autres viandes halal, et dont la teneur, vue de l’extérieur, révèle le très inquiétant tournant obscurantiste, la charia médiatique qu’a pris notre pays. Ironie de l’histoire, le paysage médiatique français, par les sujets qu’il ressasse compulsivement, dans la passion de mettre l’autre à l’écart, se ferme et hypothèque l’avenir dans un climat plus digne de l’Arabie saoudite que d’un pays de progrès. A qui en douterait encore, c’est bien là où sont à l’oeuvre les forces d’exclusion, dans le handicap, dans les minorités exclues que sont, cachés à nos yeux, les germes d’avenir.

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